
Lors de notre entretien d'hier, intitulé "Homosexualité en Afrique : "La période est difficile voire meurtrière" (1/3)" Mariam expliquait comment a débuté son engagement pour sa cause pour la communauté gays, lesbienne, queer, trangenre. A présent, elle nous explique le rapport de l'Afrique à l'homosexualité. Tout un programme !
Est-ce que l'on se lance dans ce type de projet par hasard ?
Dans mon cas, oui! Il y a plusieurs années j'étais passionnée de mode et j'y consacrais beaucoup de temps. C’est donc un hasard si je me retrouve désormais à militer pour les droits des LGBTIQ .
Alors quelles sont sont tes convictions et pourquoi les portes-tu?
Aujourd'hui, être lesbienne, gay, bisexuel(le) ou transgenre en Afrique, c’est être livré à toutes sortes d’abus, de stigmatisation et de discrimination. C’est vivre avec la peur que votre famille, vos voisins ou vos collègues découvrent votre orientation sexuelle - ou votre genre - et vous tournent le dos. Tout cela oblige beaucoup à vivre une double vie. Certains se marient, fondent une famille, tout en vivant leur homosexualité en cachette. Cette situation les rend vulnérable au chantage, qui est devenu monnaie courante sur le continent.
J'ai choisi de promouvoir la tolérance et de militer pour que la situation change. Nous sommes tous nés égaux; nos différences enrichissent notre société. Pour l'heure, mon objectif n'est pas l’acceptation de l’homosexualité en Afrique de l’Ouest, mais sa tolérance. C’est une pratique qui a toujours existé dans nos cultures. Les associations de sensibilisation et de soutien tels que QAYN auront leur raison d'être tant que les LGBTIQ ne pourront evoluer dans un environnement tolérant. Notre objectif est de sensibiliser le grand public, créer un environnement favorable aux lesbiennes, gays, bisexuel(le)s et transgenre, mais aussi d'éduquer et de soutenir les jeunes LGBTIQ. Contrairement a une idée reçue véhiculée en Afrique, on ne choisit pas d’être homosexuel(le), on naît homosexuel(le), au même titre que l'on naît noir(e), mince ou petit. Nous avons tous le droit de vivre dans le respect, la dignité et la sécurité.
Pourquoi avoir choisi de focaliser tes activités sur le continent africain?
Je suis Africaine et lesbienne, c'était donc très important pour moi d’apporter mon soutien aux autres homosexuel(le)s du continent. La question de la sexualité en générale et de l’homosexualité en particulier restent très taboo dans nos sociétés Africaines. Malheureusement, quand la question est abordée, c’est par des fondamentalistes religieux ou par des politiciens. Dernièrement, la question de l’homosexualité est devenue un enjeu politique, notamment au Kenya, en Uganda, en RDC ou au Ghana, où à l’approche des élections, les politiciens incitent les populations à la violence à l'encontre des gays. J’étais à Accra du 10 au 18 Juillet et chaque jour à la télé, à la radio ou dans les journaux, le sujet était la chasse aux gays. The Ghana Times, par exemple, reprenait ce propos à sa une, le mardi 12 juillet, “We’ll Get the Gays!”(Nous aurons les gays). Il y a quelques semaines, j'ai entendu parlé d'une étude conduite par une ONG Américaine qui indiquait que plus de 8,000 personnes se considèrent gays dans le centre et l'ouest du pays. Cette étude a soulevé la foudre des autorités et des chefs religieux. Un élu local a même été jusqu’à demander l’arrêt immédiat de ces gays !
Je rappelle qu’en Afrique de l’Ouest, sur 16 pays, 9 ont une loi penalisant l’homosexualité. Les peines encourues vont de 1 mois de prison au Sénégal à la peine de mort en Mauritanie. Cela va sans dire qu’être homosexuel dans ce contexte est dangereux et stigmatisant. Même au Burkina Faso, où la loi ne mentionne pas l’orientation sexuelle, les minorités sexuelles vivent cachées et dans la peur. Ce qui implique que les associations LGBTIQ, à l'instar de celles Afrique de Sud ou de l’Est, peine à s’etablir dans cette région. La poignée d'associations qui militent pour les droits des LGBTIQ en Afrique de l’Ouest, le font en cachette, avec très peu de moyens. Au moindre bruit, ces activistes deviennent la cible des autorités et de la population, comme ce fut le cas au Sénégal en 2008.
Même s'il est difficile d'aborder ces questions, il ne faut pas baisser les bras. Au contraire, c’est a nous de mener des actions pour mener nos parents, les autorites, les chefs de village et religieux et l'ensemble la société, vers plus de tolérance. Il nous faut prendre en compte les réalités africaines et par conséquent travailler avec tous les piliers de nos sociétés, afin de trouver une solution durable qui permettra aux minorités sexuelles de vivre normalement. Apres tout, nous sommes africains, notre seule difference est notre orientation sexuelle et notre genre.