A l’occasion de la sortie de Le
Conflit : la femme et la mère (février 2010), Pote à Pote a souhaité mieux comprendre ce qui pousse Elisabeth Badinter
à tirer la sonnette d’alarme. Dans son ouvrage, l’auteur souligne les pressions
dont sont victimes les femmes. Condamnées à la perfection, elles devraient exceller
en tant que femmes, épouses et mères.
Etre une bonne mère « indigne ». Pour Elisabeth Badinter
l’idéologie naturaliste gagne du terrain. Dans la ligne de mire : la
chimie, qui se matérialise sous de multiples formes : pilule, couches jetables,
petits pots ou encore lait en poudre. Pour les féminismes naturalistes,
l’allaitement est au cœur de la relation mère-enfant. « Allaiter, aide à
être une bonne mère » indique Claude Didierjean, ex présidente de la Leche
League (LLL), association pour le soutien à l'allaitement maternel. Selon la
militante pro allaitement, la tété, surtout pratiquée au sein des catégories
socioprofessionnelles supérieures, permettrait de répondre aux besoins
fondamentaux de l’enfant. Pourtant cet acte serait de plus en plus souvent imposé.
« Quand tu ne souhaites pas allaiter, on te culpabilise, même au sein des
maternités» explique Flora Labourier, militante féministe. Pourtant Flora tout
juste mère a choisi d’allaiter, mais un mois seulement. « Je veux pouvoir
boire un verre de rosé si j’en ai envie » explique t-elle. Son objectif
« être mère et femme à la fois » comme les nombreuses mamans qui
s’autoproclament « indignes,» car la pression sociale pèse sur leurs
épaules dès qu’elles choisissent de ne délaisser aucun aspect de leur vie. Cette
pression pose la question du choix d’enfanter.
Etre ou ne pas être parents. Selon une étude TNS Sofres réalisée en
mars 2009 pour Philosophie Magazine,
à la question « Pourquoi fait-on des enfants ? », 60% des sondés
répondent « un enfant rend la vie de tous les jours plus belle.» 47 %
considèrent qu’il permet «de faire perdurer sa famille», 33 % qu'«un
enfant donne de l'amour et permet d'être moins seul quand on vieillit».
Elisabeth Badinter écrit « la plupart des parents ne savent pas pourquoi
ils font des enfants. » Paradoxalement, les 9% de sondés qui ne souhaitent
pas devenir parents doivent sans cesse se justifier. Dans une société où
l’enfant est roi, la décision de ne pas enfanter n’est pas aisée à faire
accepter.
Le plus grand pouvoir de l’être
humain consiste à choisir sa destinée. En pensant la question du féminisme
naturaliste, Elisabeth Badinter ouvre des pistes de réflexion. Pour autant, la
question de la maternité se pose-t-elle de la même manière selon le niveau social ?
GD
*J'ai écrit ce texte pour le dernier Pote à Pote, publié en juin